La Route de l'Eau

Voyage d'un an autour des plus grandes mers de l'Est de l'Europe et d'Asie centrale, à bord d'une Citroën Ami6.

vendredi, juin 23, 2006

Sur les pistes de MONGOLIE




Notre premier bivouac mongol fut une belle récompense après tous ces kilomètres : Montagnes colorées, petit cours d’eau, troupeau de moutons, de chèvres et de yacks furent le décor prometteur de notre arrivée au pays de Genghis Khan.






Mais quand nous nous lançâmes, toujours en direction de l’Est, nous découvrîmes que bien que GPS et carte indiquent une route jusqu’à Oulan Bator, l’absence de goudron est de rigueur en Mongolie ainsi que l’inexistence de toute signalisation.
Nous l’apprendrons plus tard mais une chose est sure, c’est qu’en Mongolie on ne peut être sur de rien…

Nous voila donc partis enthousiastes sur les pistes de Mongolie. Mais notre formidable élan se brisa le nez sur un col raviné !
Vous vous souvenez de la « route des crêtes » à Cassis ? Et bien vous reprenez la même, mais sur une mauvaise piste et sans personne pour nous aider … On a eu beau scruter l’horizon pour voir arriver Andrick et Michèle dans leur camping-car, nous étions seuls dans notre galère et l’Ami 6 ne voulait rien savoir : c’était définitivement trop raide pour elle.
Il nous a fallu décharger tout notre barda pour tenter de la soulager.
On commençait à se demander s’il faudrait camper là en attendant qu’une jeep passe pour nous tracter, quand elle a enfin fait quelques mètres, puis un peu plus jusqu’à ce qu’en trois étapes, avec une bonne poussette et plusieurs litres de sueur écoulés nous parvînmes à lui faire gravir la côte après deux heures d’effort !

C’est exténués, après 3 voyages pour redescendre chercher nos affaires que nous sommes finalement passés de l’autre côté de celui que nous baptiserons « le col de la mort » !

Dire que nous n’avions parcouru que 50 kilomètres sur les 1600 qui nous séparaient encore d’Oulan Bator ! On était en droit de se demander combien d’autres cols comme celui-ci nous attendaient …
Par contre ce à quoi on ne s’attendait pas c’était de déchirer un de nos pneus tout terrain à 3 km de la première ville. Et hop ! Une roue de secours en moins …

La petite ville de Bayan Olgi, peuplée à 97% de kazakhs est plus représentative de cette culture que le Kazakhstan lui-même. Par exemple on y parle kazakh, alors qu’au Kazakhstan on parle en majorité russe.
Difficile pour un pauvre français de ne pas y perdre son latin quand il commence tout juste à apprendre le mongol !
D’ailleurs nous avons tout de suite été mis au parfum de la gastronomie locale et pénétrant dans un « café » de bon matin … Le petit déjeuner nous a été servi directement : au menu thé au lait salé (Mmm bien bon le café) et en viennoiserie, une soupe au lait avec des petits raviolis de mouton qui flottent dedans. A 9h du matin ça dégomme !



Vivifié par le mouton, Steph était d’attaque pour le « chek up » matinal de l’Ami 6. Heureusement qu’il était en forme car il s’est rendu compte à notre grand damne qu’un amortisseur avant était définitivement HS ! Changement de programme on ne part plus dans l’heure, et voila Stéphane à nouveau à la recherche de pièces. Quand un homme l’accoste et l’enjoint à le suivre jusqu’à son garage.

Et LA ! Steph a cru qu’il rêvait !
Devant ses yeux, toute jaune ... une Deudeuche !
D’où sort-elle, perdue dans le Far Ouest mongol ? …
Elle avait été amenée par deux espagnols, surement aussi farfelus que nous. Mais la pauvre n’aura pas eu le temps de voir grand-chose de la Mongolie et sera restée sur place, faute d’allumage …

Mais pour nous ce sera une aubaine car nous avons négocié sa roue de secours toute neuve qui a remplacé notre pneu irréparable.
De plus le patron du garage nous a sortit de derrière ses fagots deux amortisseurs à gaz. Après une modification nous avons pu les adapter sur l’Ami 6.
Il a bien fallu la journée pour opérer la bête mais finalement autant de temps sera nécessaire pour publier la page précédente du blog ! Et oui, parfois ça peut s’avérer très long de parvenir à vous envoyer ces quelques photos ...








C’est donc avec des supers amortisseurs de jeep que nous avons repris la piste, jusqu’au lac de Tolbo. Dans ce lac aux reflets merveilleux, on y pêche les nuages ! …
Mais on y attrape aussi tellement de poissons que Stéphane a dû s’arrêter car nous n’aurions pas pu tous les manger !
Le repas de ce soir d’anniversaire fut un des meilleurs de tous nos bivouacs.







C’est pour nous rendre à un autre lac encore plus grand, que nous quittâmes Tolbo le lendemain matin, chassés par des nuées d’insectes.
Après lui avoir fait grimper des cols impossibles, nous lui fîmes cette fois prendre le bain à plusieurs reprises. Au bout du 4eme passage à gué, elle semblait aimer ça, tant et si bien que dans le dernier elle décida de s’arrêter faire des bulles ! Et sans l’aide d’un gros camion russe, elle serait restée apprendre la brasse coulée …



Le Lonely Planet donnait les coordonnées d’un observatoire situé au bord du lac de Khovd, et c’est en suivant le tracé du GPS que nous parvînmes à cette tour métallique, dressée prés de quelques yourtes. Au sommet nous ne pouvions même pas embrasser du regard l’immensité de l’étendue d’eau qui se confondait à l’horizon avec le bleu du ciel. La berge de roseaux verte et jaune dessinait des contours découpés de canaux et de marais, dont le réseau forme un véritable paradis pour les oiseaux.


Tout autour du lac s’égrainent des yourtes, petits dômes blancs autour desquels se regroupent les bêtes. Et c’est dans l’une d’entre elles que nous avons été invités pour la première fois. Nous venions juste regarder l’avifaune du haut de l’observatoire, mais étant si proche des gers, nous ne sommes pas restés seuls longtemps. Un vieux Monsieur accompagné d’un plus jeune, un peu étonnés de notre présence et surtout intrigués par notre monture, vinrent nous saluer. Le vieil homme nous invita à venir boire le thé sous la yourte. Enfin nous allions pénétrer dans la tente mythique dont le nom mongol est en fait « ger », la « yourte » étant une appellation russe.
La spontanéité de l’invitation était sympathique et nous étions heureux de vivre ce moment symbolique de cette façon spontanée. Cela aurait été si décevant d’être dans un cérémonial organisé par un guide dans une famille qu’on paye pour recevoir les touristes (ce que connaissent en général la plupart des travelers).

Nous avons été présentés à la grand-mère qui pressait dehors un fromage entre de grosses pierres. Lorsque nous avons été invités à entrer sous la ger nous avons pris garde à respecter les coutumes apprises dans nos guides, comme de ne pas s’essuyer les pieds à l’entrée afin de ne pas marcher sur les esprits, et de prendre place en contournant le poêle central par la gauche.

Toute la famille s’est alors regroupée à l’intérieur et l’on nous a servi le thé mongol : une sorte de lait chaud salé, accompagné de petits pains. La saveur, un peu écœurante à la fin n’est cependant pas désagréable.

Mais en fait d’un simple thé nous aurons un second repas, alors que nous avions déjeuné deux heure avant …Sortant du poêle où elle les avait mis à cuire à notre arrivée, la maîtresse de maison nous servi des raviolis au mouton, accompagnés de ketchup ! Cela ne doit pas être la recette originale mais ça aide à faire passer la dernière boulette que votre estomac refuse.


La technique de cuisson à la vapeur est ingénieuse, on insère à l’intérieur du poêle une grande gamelle pleine d’eau portée à ébullition. Par-dessus vient se caler un couvercle où l’on pose les petits raviolis. Le tout est recouvert d’une bassine en métal retournée.
Ces « buuz » étaient les meilleurs qu’on ai mangés, et nous avons même goûté au fromage.



Pendant tout le repas les enfants ont tourné bruyamment autour de nous en essayant d’attirer l’attention mais en filant se cacher dés qu’on voulait les prendre en photos. Quand ils ont commencé à jouer aux lutteurs (sport national) dans ce tout petit espace la famille les a regardé d’un air bienveillant. Mais quand l’un d’eux s’est inévitablement cogné, on l’a laissé pleurer « parce que ça rend fort » !



Puis nous avons participé au rassemblement des chèvres pour la traite. Il s’agit de les attraper pour les attacher entre elles par le cou têtes contre tête. Elles s’étranglent un peu mais on nous a assuré qu’il n’y avait pas de problème … On aurait quand même pas aimé être à leur place …



Séduits par ces gens et par la beauté du lieu nous avons finalement prolongé l’étape de deux jours.














Notre voiture restée au pied de l’observatoire, ils venaient régulièrement nous rendre visite pour emprunter les jumelles d’Emmanuelle afin de mieux observer leurs troupeaux. Elles ont dû être mises entre toutes les mains tellement elles suscitaient d’intérêt.

Ou bien ils venaient disputer une partie d’échecs avec Stéphane ou même simplement « discuter ». Ils nous on même prêté leur barque ce qui a permis à Stéphane de sortir sa canne à pêche, mais le lac s’est révélé plus vaseux que poissonneux et on a servi de repas pour les moustiques. Par contre Emma s’est régalée car elle a pu observer pour la première fois des Spatules, grands échassiers blancs au bec plat et le rarissime Pygargue de Pallas, un magnifique rapace pêcheur.












Il faut dire que ce lieu fait partie de la Reserve Naturelle de la région de Khovd. Notre hôte était en fait un « ranger » et il nous a prêté des documents extrêmement intéressants concernant l’écologie locale.
Ce lac, ainsi que tous ceux qui composent le bassin hydrologique de l’Ouest mongol, fait partit d’un système clos assez exceptionnel. En effet aucune des nombreuses rivières qui sillonnent cette région ne parvient à une mer. Etant donné qu’il pleut très peu dans cette région, tout l’approvisionnement vient du ruissellement depuis les montagnes. Ainsi son équilibre est fragile et nécessite d’être protégé car il représente une des ressources en eau douce les plus importante d’Asie Centrale. Toute la vie humaine et animale dépend de cette réserve d’eau et si elle venait à se tarir c’est des milliers d’éleveurs qui seraient contraints de quitter la région, ainsi qu’une biodiversité unique qui disparaitrait. Nous ne nous étendrons pas plus sur le sujet mais plusieurs pressions telles que le surpâturage, la pollution par les exploitations minières, le développement hydro-électrique, etc … menacent sérieusement ce délicat réseau. Ainsi nous avons commencé à réaliser que cette terre que nous croyions vierge et préservée commence déjà à être dégradée par les intérêts financiers nationaux et internationaux …


Ce fût difficile de se résigner à quitter cet endroit reposant et cette généreuse famille, mais 1500 km nous attendaient encore, et pas les moindres … Nous vous avions fait rêver avec notre belle aventure ? Dites vous que l’aventure a commencé en Mongolie et que le reste était une simple balade à côté …

Après la douceur du lac de Khovd et le plaisir d’être au bord de l’eau, a commencé la rudesse de la steppe aride et désertique, une sorte de retour aux paysages du Kazakhstan … Sauf que nous avions eu notre dose de désert et que nous ne rêvions que des grandes plaines herbeuses qui illustrent si souvent la Mongolie.
Et bien non, sachez que ce pays est extrêmement varié et qu’il existe aussi ici un immense désert que l’on nomme le Gobi et qui s’étend sur presque tout le sud de la Mongolie. Ses dunes de sable sont certainement pleines de charme, mais les immenses étendues sèches, jaunes et sans vie que nous traversâmes en le longeant par le Nord sont extrêmement monotones. Vous ajoutez à cela ce que l’on appelle communément une bonne grosse « tôle ondulée », c'est-à-dire une piste criblée de mini vagues qui ne peuvent se passer qu’à plus de 100km/h ou à moins de 20 si on ne veut pas tout casser avec les secousses (vous devinez l’option que nous avons prise …).
Cela donne un cocktail un peu long et morose. Pour couronner le tout nous avons crevé à nouveau et bien sûr le pneu a été déchiré, ce qui ne nous laisse plus qu’une seule roue de secours (on ne fait pas les choses à moitié dans ce pays). Il faut l’avouer cette étape a eu raison de la patience d’Emma qui rêvait d’un cours d’eau ou même juste d’un sceau d’eau … Et interdit de se verser une gourde sur la tête, nos réserves étaient pour le coup vitales. Nous étions en fait dans un désert de cailloux. Vous n’imaginez pas comme ça peut être triste des cailloux à perte de vue. Au bout du deuxième jour on voyait même des mirages de lacs et on pariait pour savoir si on allait finir dans l’eau ou si l’un de nous était victime d’hallucinations…

Le décor étant planté : très chaud, très sec et très poussiéreux, le meilleur était à venir.
C’est sur les coups de midi le 3em jour, quand le soleil est à son zénith et que l’on commence à avoir faim, alors que nous n’étions plus qu’à 30 km d’une ville, que soudain un grand bruit retentit, et la voiture s’affaisse du côté droit !
Sur le coup nous avons cru que nous venions de perdre une roue. Mais c’était pire que cela : le tirant de suspension avant droit venait de casser net, nous immobilisant sur place.
Nous vous passons les explications mécaniques, mais d’après la tête de Stéphane, cette fois si ça avait l’air sérieux. Emma a commencé par essayer de faire un peu d’ombre au mécano qui promettait d’en avoir pour des heures (faut bien se rendre utile …)
Mais grâce à une petite pièce amenée en double Stéphane a pu imaginer une réparation ingénieuse, remplaçant la soudure qui semblait indispensable. Cependant il lui faudra environ une heure juste pour scier l’épaisse pièce d’acier.
Nous avons finalement pu repartir 3h après mais nous avons perdu beaucoup de garde au sol du côté droit, ce qui n’est pas génial pour rouler sur les pistes …
C’est donc penchés et affamés que nous sommes arrivés à Altai en fin d’après midi.

Après s’être jetés dans le seul resto ouvert on s’est préoccupé de refaire le plein d’essence, ce liquide précieux étant assez rare dans la région. En effet la veille nous avions dû acheter 20 l à un habitant de Darwi, les deux stations du village étant vides !


Altai étant une capitale de région nous pensions trouver du « benzine » sans problème et les stations étaient effectivement nombreuses. Mais arrivés à la première, on nous fait signe qu’il n’y a rien, nous allons jusqu’à une seconde, même chose, et ainsi de suite dans 5 stations ! Nous finirons par suivre un homme en moto qui semblait poursuivre la même quête, et qui nous amena à la seule pompe, invraisemblablement cachée, qui était approvisionnée.

Au quatrième jour nous nous demandions quelles surprises nous réserveraient encore cette journée … Et comme le secret de la Mongolie est d’être imprévisible, ce fut le sable qui nous cueillit de bon matin. Tout contents de quitter la tôle ondulée nous nous y jetions de bon cœur tant est si bien que nous y restâmes plantés, à deux reprises !!!
On a ainsi enfin sortit la pelle que nous transportions depuis la France … Mais c’est finalement les occupants d’une jeep qui nous ont sortit de ce mauvais pas.

Nous atteindrons en fin de journée notre première rivière depuis des jours. Evidemment il fallu aussi la traverser et même si elle était peu profonde, la longueur du gué était impressionnante. Mais une fois passé sans encombre c’est avec une joie débridée que nous nous jetâmes à l’eau sans attendre.

C’est là qu’on se rend compte à quel point on peut avoir besoin de cet élément indispensable et comme on peut le chérir quand il vous a tant manqué …




Bien après sur notre route nous croiserons un étrange rassemblement de « gers ». Emma avait d’abord pris ça pour un « festival » et cherchait à entendre la musique ! Un Woodstock mongol ?
Bien naïve la jeune fille, après avoir détaillé la scène aux jumelles nous comprîmes qu’il s’agissait en fait d’une mine. Il faut savoir que l’exploitation des ressources minérales de la Mongolie est entrain de se développer à une vitesse grand V (il y en a plus de 300 dans le pays), en particulier la recherche d’or. Et oui, cela fait encore et toujours courir les hommes. Mais bien entendu cela s’opère au détriment des conditions sanitaires et écologiques. Car l’extraction requiert l’utilisation de grandes quantités d’eau qui restent polluées par les produits utilisés pour séparer les minerais. Les gens que nous avons vus autour de la mine doivent payer pour être autorisés à tamiser le sol afin de récupérer les restes de la grosse exploitation adjacente. Les enfants courent là au milieu, tout le monde vit en permanence dans cette poussière et boit l’eau polluée de la rivière. Immanquablement beaucoup sont malades, et ce sont des entreprises américaines et canadiennes qui orchestrent tout cela … Mais le « buisines » passe avant le reste bien entendu …

C’est devant cette scène révoltante que notre pompe a essence, qui nous enquiquinait sérieusement depuis des jours a décidé de nous lâcher définitivement. Ayant eu le temps de réfléchir à la question à chaque fois qu’elle nous avait fait le coup de la panne (c'est-à-dire une bonne douzaine de fois), la décision fut radicale : on la supprime et on fait appel au vieil Archimède. Qu’est-ce qu’il vient faire celui-là au milieu du désert nous direz-vous ?
Et bien « Eureka», si l’on met le réservoir en hauteur par rapport au moteur, plus besoin de pomper, la gravité appelle naturellement le liquide à descendre jusqu’au point le plus bas.
Nous avons alors démonté le réservoir annexe (qui n’avait encore jamais servi) et l’avons installé sur le toit. L’idée de géni a marché, et c’est avec ce nouveau look plutôt original que nous sommes repartit.

Il nous faudra au total 8 jours pour traverser toute la Mongolie, depuis Olgi à l’Ouest jusqu’à Oulan Bator. Une traversée qui restera une des plus épiques mais aussi une des plus belles.























L’arrivée dans la capitale fut cependant décevante après avoir fait tous ces kilomètres dans des endroits parfois extraordinaires, c’était un dur retour à la civilisation.
Nous avons été choqués en découvrant les usines aux abords de la ville, qui déversent littéralement leur fumée sur la citée. Quand on pénètre plus en avant on a l’impression d’entrer dans une nappe de brouillard et on ne peut s’empêcher de se retenir de respirer ! Puis on est assailli par les panneaux publicitaires qui jalonnent les rues. Enfin la circulation est aussi dense et dangereuse que dans toutes les grandes villes.
Ou est passé le romantisme et les heures de gloire, qu’évoquait le nom exotique d’Oulan Baatar, autrefois dénommée Ourga ? …
Nous avons l’impression d’être arrivés déjà trop tard dans cette citée dévorée par le capitalisme. Et oui, il a étiré ses tentacules jusqu’ici, alors que ce pays paraît si lointain …
Déjà les rues sont remplies de 4x4 japonais ou allemands, des voitures qui valent une fortune. On se cogne le nez sur des touristes a chaque trottoir et on entend presque plus parler anglais que mongol dans les boutiques.


Nous avons rencontré un français avec qui nous avons passé une soirée surréaliste dans un bar, entourés « d’expat » …Curieux moment que nous ne décrirons pas ici mais au cours duquel nous avons appris énormément de choses sur ce pays, et sur l’îlot que représente Ulan Bator, dit « U.B. » (prononcer « You Bi » ça fait mieux !) par rapport au reste de la Mongolie. Juste pour exemple, il y a 10 ans, peu après que les russes aient quitté le pays, il n’y avait encore aucune voiture dans la capitale, aucun panneau publicitaire. On ne trouvait qu’un seul hôtel et on ne pouvait déjeuner que dans deux restaurants ! Aujourd’hui il y a dans notre guide 10 pages consacrées rien qu’aux logements et aux bonnes adresses de restauration ….

Cela dit nous sommes heureux d’être arrivés jusqu’ici et en quelques jours nous avons rencontré des personnes vraiment sympathiques et qui nous ont beaucoup aidé.
Stéphane a notamment pu faire réparer la tige du pot de suspension, ainsi que la pompe à essence. Il a même trouvé deux autres amortisseurs à gaz pour les mettre à l’arrière.
Ainsi rétablie de sa « boiterie » et en pleine forme, c’est encore avec notre Ami de toujours que nous continuerons notre périple vers le Nord. En effet nous avons un petit paquet de médicaments à remettre à une famille qui vit prés du lac de Khovsgol. La piste promet d’être plus Rock&Roll encore, mais notre copain français nous a assuré qu’elle pouvait le faire. Alors plutôt que de louer une jeep avec chauffeur (pas d’autre choix pour se déplacer dans ce pays) et sacrifier notre autonomie, ce à quoi on ne peut se résigner, on repart pour de nouvelles aventures !

Merci beaucoup pour vos messages. Ils nous ont énormément touché et nous les emmenons avec nous pour nous soutenir, quand on sent que la patience s’effrite ! …

jeudi, juin 08, 2006

L'ALTAI

Nous avons quitté Almaty avec pour mission de sortir du pays le 31 Mai, soit en quatre jours.
L’opération paraissait routinière, maintenant bien rodés aux liaisons en temps limité. Elle s’avérera beaucoup plus subtile que prévue. Tout d’abord à cause d’un facteur majeur : l’Ami6 ne semblait pas d’accord du tout …
Au départ d’Almaty elle a commencé par nous faire une surchauffe tout à fait anormale du cylindre gauche. Premier arrêt et nez dans le moteur. Rien de vraiment particulier à signaler si ce n’est quelques pertes d’huile… Mais à chaque nouveau départ le moteur se remettait à chauffer alors que nous roulions à 60 à peine.
Il nous faudra environ 6 arrêts mécanique, avec même démontage des caches culbuteurs, vérification et réglage des soupapes, et la journée entière pour faire 300 km. Certes elle roule, mais Stéphane a gardé la mine inquiète (et les mains noires) toute la journée. Une surchauffe et un manque de pêche, ce n’est tout de même pas bon signe.
On décide de faire les 700 km restants « à la fraiche » et en évitant si possible les reliefs. On se lève alors à 5h du matin le lendemain et on choisi la route secondaire qui longe le lac Balkach, plus directe et surtout moins élevée que la route principale qui fait un détour et passe en montagne.

Cela fut-il une bonne idée ? …
Certes le moteur n’a pas chauffé, mais à quel prix ?
Celui de la perte des deux butées de suspension et de deux gentes abimées !!!
Car la route secondaire, la voici :

Non non il n’est pas dans les champs, il suit la "route" … !

Cela semble assez secondaire en effet, on peut même dire sommaire si ce n’est inexistant.
Et à quoi alors peuvent bien ressembler les pistes indiquées sur la carte ? … On ne préfère pas savoir.

D’autant que la situation était trompeuse, nous aurions trouvé une piste à la bifurcation, nous y aurions réfléchi par deux fois. Mais non les 100 premiers kilomètres étaient en bitume de bonne qualité. Quand nous avons rencontré la piste il était trop tard pour faire demi-tour, d’autant qu’elle était large et assez bonne au debut. Mais les 100 derniers kilomètres furent vraiment hard car la piste disparaissait quasiment par endroits et la voie ferrée était notre fil d’Ariane.
Les quelques personnes croisées pour demander notre chemin et le GPS nous ont aussi aidé à ne pas nous perdre complètement au milieu de la steppe.
Quand en plus on est tombés sur un passage à guet, on a commencé vraiment à se demander si on allait finir dans les temps ou si on ne resterait pas plantés là !
Mais notre vaillante n’avait apparemment pas envie de rouiller dans la rivière et elle est passée comme une fleur. Cela dit, tout le mérite revient à Stéphane qui a trouvé la meilleure trajectoire, car il y avait vraiment de quoi s’embourber en remontant sur la rive.
On en aura quand même 3 à franchir … un avant goût de la Mongolie.
Mais l’imprévu de la situation et l’ultimatum du visa rendait quand même la situation moins « cool » qu’il n’y paraît. Ce n’était pas vraiment le moment d’aller jouer dans la poussière et les flaques d’eau et le Kazakhstan aura un peu trop poussé la voiture à ses limites. Les signes de fatigue commencent à être évidents.
Mais comme le dit notre adage préféré : « doucement mais surement » nous sommes sortis de cette épreuve, en admirant au passage les paysages magnifiques qu’elle nous a offerts.


Le troisième jour nous atteignîmes finalement Semeï notre ultime étape au Kazakhstan, cette fois non pas par une route a trous mais une route à vagues … Sauf que sans butées de suspension nous avons fait les yoyos dans la voiture tant et si bien que Steph s’est cogné la tête au plafond.
Grâce à un réveil à 4h30 du matin environ, nous avons quand même réussi à arriver à Semei à midi afin de pouvoir s’occuper sérieusement de la voiture l’après-midi. Il ne s’agit pas qu’elle nous joue des tours pendant le transit en Russie.
Par bonheur, en tournant un peu dans la ville en arrivant, nous sommes tombés sur LE coin des pièces auto en tout genre. Une sorte de « casse bazar » extrêmement bien fournit où l’on trouve du neuf et de l’occasion, le tout savamment exposé en tous sens. Il suffit de fouiner consciencieusement et de faire des dessins qui font rire tout le monde pour expliquer ce qu’on cherche. Stéphane avait biensur une idée derrière la tête, et il a trouvé ce qui, on l’espérait, pourrait nous sauver : un gros ventilateur !
Quand nous sommes ressortis du bazar nous nous sommes dit qu’on devrait faire payer une entrée pour voir la voiture : environ 12 personnes étaient rassemblées autour et la scrutaient dans tous les sens. Quand on a fendu la foule pour ouvrir le capot, là ça a été la cohue autour du moteur et les commentaires qui fusent : tout le monde s’étonne à la vue d’un bicylindre, ce qui est généralement le moteur des side-car locaux (les "Oural") !
On a finit par aller se réfugier un peu à l’écart pour bricoler plus au calme. C’est alors des enfants adorables qui ont pris le relais : ils ont joué et discuté avec Emmanuelle, en nous amenant des tas de petits cadeaux.
Pendant ce temps Stéphane aidé de deux acolytes a bricolé des butées de suspension sur mesure. On s’attendait peut-être à avoir du succès en se posant à côté d’un bazar automobile, mais pas à autant d’entraide. Comme quoi une halte mécanique peut se transformer en un moment inattendu de partage !
Sémei a pourtant un sombre champignon atomique qui plane sur son passé. La ville et sa région dénommée le « Polygone » ont été le théâtre des essais nucléaires russes durant 40 ans. Pendant la guerre froide 467 bombes ont explosé dans cette vaste zone de steppes, inondant bien évidemment la ville et les villages alentours. Dans les années 90 un vaste mouvement de protestation a réussi à faire stopper les essais. Mais l’économie locale s’en est ressentie et les hôpitaux ont bien du mal à faire face à toutes les maladies et malformations qui se sont multipliées suite à la pollution radioactive.
En hommage aux victimes des essais nucléaires, un triste monument de 30 m de haut a été dressé, représentant une femme protégeant son enfant du champignon atomique.


Après cette sombre page de l’histoire kazakh, nous nous sommes dirigés vers la frontière russe toute proche. Nous nous étions préparés aux mêmes difficultés qu’à notre précédent passage en Russie et il en fut tout autrement. Nous avons été accueillis avec le sourire, guidés dans les différents guichets et un des douaniers a même rempli les fiches pour nous ! Incroyable !
Nous revoici en Russie, cette fois pour traverser la chaine de l’Altai qui culmine à 4500 m, avec en perspective le passage de la frontière mongole à 2500 m …
Avec 1500 km à parcourir dont la moitié en montagne nous n’avons pas trainé. Mais pour s’assurer que le moteur ne chauffe pas trop dans les côtes, Steph a offert un deuxième ventilateur tout neuf pour les 40 ans de l’Ami 6! Et oui elle est du 1er Juin 66. On l’a déniché dans un autre style de bazar automobile, un magasin auto d’une classe inégalée, même en France on en trouve pas des si beaux.


Nous avons attaqué la montagne l’esprit préoccupé et un peu inquiet des médisances au sujet des capacités de notre auto. En effet on nous avait décrit une route « himalayenne » avec des cols infranchissables pour notre 3 chevaux.
Le début fut relativement facile avec une montée progressive qui nous a laissé le temps d’admirer le paysage, magnifique malgré un ciel couvert.

Nous avons même eu la surprise de découvrir cet aigle sur le bord de la route. Il était malheureusement captif, mais ses propriétaires étaient sympathiques et nous l’ont laissé le photographier. La rencontre fut impressionnante, vu de prés cet animal est encore plus majestueux.


La première journée fut plutôt cool et nous en avons profité pour nous faire un joli bivouac au bord d’une rivière.
Mais le lendemain nous attendaient les fameux cols, en effet extrêmement raides.
Que se taisent les médisants, elle a grimpé l’Ami ! En 1ere certes, mais sans problèmes et sans surchauffe grâce à tous ses ventilos !


Quel soulagement et quelle récompense enfin arrivés à 2000m.
Des collines roses protégeant des glaces résiduelles réfugiées aux pieds des arbres, formaient une ouverture sur un immense plateau d’où s’échappaient des fumerolles blanches.


En s’avançant nous découvrîmes des sources chaudes, aux eaux fumantes dans l’air froid.
Plus loin le plateau s’élargissait encore et la lumière déclinante jouant avec les nuages offrit à nos yeux un spectacle d’une rare beauté qui nous laissa sans voix.
Les montagnes qui enserraient la plaine prirent des teintes irisées d’or et d’ocre et l’espace sembla devenir immatériel, comme dans un rêve. Ce fut un des plus beau coucher de soleil qui nous ait été donné de voir.


Nous avons dormi au milieu de ce paysage, sans un arbre pour nous abriter du vent, mais si extraordinaire qu’il semble plus prés des cieux.
C’est tout enjoués que nous nous sommes réveillés afin de nous présenter enfin à la frontière Mongole, notre ultime col quelques 500m plus haut.
Tout au bout du plateau se profilait la douane russe, bien calme et bien vide. Il faut préciser que nous étions dimanche … Mais jusqu’alors depuis que nous avons quitté l’Europe tout est ouvert 7 jours sur 7 en général. Nous ne nous inquiétions donc pas plus que ça et nous commençâmes à attendre que quelqu’un veuille bien nous accueillir. Quand une jeune femme souriante vint à nous et nous fit signe : « Douane mongole fermée, revenez demain ! »
Quoi ?!!!
Mais euh notre visa russe expire aujourd’hui !
« Niet problem » ! Elle nous explique qu’elle sera là le lendemain et que c’est elle qui nous ouvrira, avec toujours son grand sourire. On n’en revient pas, on a calculé notre temps au plus juste pour respecter les limites légales du visa, et on nous annonce qu’il n’y a pas de problème pour rester un jour de plus !
Finalement on repart plutôt contents de pouvoir jouer les prolongations dans ce décor magnifique et on se réjouit de passer une journée en toute illégalité en territoire russe !
Ce sursis s’avèrera une aubaine et nous passerons une journée merveilleuse à se reposer au bord d‘un lac et regarder les milans passer juste au dessus de nos têtes. Puis à faire une splendide balade sur les sommets environnants d’où la vue était époustouflante. La magie de ce paysage réside entre autre dans le jeu de lumière que fait le soleil avec les nuages et qui donne un relief extraordinaire à ce spectacle.


C’est dans ce splendide panorama que nous avons décidé de bivouaquer, au bord d’un ruisseau. Une fois le feu de bois et de crottes de yach ayant pris, un cavalier s’approcha de nous avec un large sourire. Après les salutations et le partage de notre bière, il nous invita fermement à venir manger sous son toit à quelques kilomètres de là.
Nous sommes arrivés à une modeste cabane accolée à un enclos où étaient parquées serrées chèvres et brebis pour la nuit. Deux petits bambins aussi souriants que notre hôte nous accueillirent timidement.
Doz fit chauffer un plat de viande de mouton et de pommes de terres sur le poêle qui surchauffait la petite pièce. Nous avons échangé comme nous pouvions, en nous appuyant sur le dictionnaire franco-russe et en dessinant sur un cahier. L’ambiance était chaleureuse et amicale, et la soirée s’est poursuivie par une partie d’échec, qui a simplifié la communication verbale.
Avant d’aller nous coucher dans notre « padock mobil » garée contre la bergerie, Doz nous a proposé de faire une balade à cheval le lendemain matin de bonne heure. Et c’est radieux que nous nous sommes glissés dans nos duvets.
A 7h du matin un large sourire est venu toquer à la vitre et après le petit déjeuner un des enfants s’est éclipsé pour revenir avec deux chevaux. Nous sommes partis, Stéphane sur son destrier et Emmanuelle accompagnée du petit, sur le même cheval.
Ce fut une bien belle manière de commencer une bonne journée, le vent dans les cheveux, au petit galop, accompagnés des deux gros chiens qui trottaient à nos côtés, faisant fuir les marmottes dans le petit matin. Quel signe prometteur, le jour de notre passage en Mongolie !
C’est les joues roses de plaisir que nous primes congé de nos hôtes en offrant quelques cadeaux aux enfants et en leur promettant de leur envoyer les photos de ce bon moment.


Quand nous sommes arrivés à la douane vers 10h il y avait déjà plusieurs véhicules et l’ambiance était beaucoup plus active que la veille. Cependant les russes n’avaient pas l’air pressé et il faudra attendre jusqu’à 16h pour pouvoir enfin entrer dans le poste de douane. Cela dit nous en sommes ressortis au bout de trois quarts d’heure pour filer au fameux « col frontière ». La montée que nous redoutions fut en fait très cool, et nous permis d’admirer ce paysage peuplé uniquement de milliers de marmottes.


Une fois la douane mongole passée (comme une lettre à la poste), nous nous arrêtâmes un kilomètre plus loin pour laisser exploser notre joie : « CA Y EST , ON EST EN MONGOLIE !!! ». On a réussi, après l’incertitude au sujet de la voiture les derniers jours, la course aux visas, tous ces kilomètres (14 000 exactement), tous ces pays traversés, la voici la dernière étape : la terre mongole.
Nous ne saurions vous le décrire mais l’émotion fut grande et la joie plus encore. Nous étions heureux d’avoir pu aller si loin à notre propre rythme et par nos propres moyens. Cela donne une profonde sensation de liberté.
Nous nous sentions pousser des ailes, avec l’impression que rien ne pouvait nous arrêter. C’est vraiment très excitant de réaliser un rêve, c’est presque bouleversant !
Et ça donne envie d’aller encore plus loin !