mercredi, octobre 11, 2006

Sur les traces de Michel Strogoff

Tel le héro de Jules Vernes, notre mission était de traverser la Sibérie de Irkoutsk à Moscou, et même au-delà, jusqu’à St Petersburg. Tant de kilomètres à parcourir, et autant de d’aventures et de périls qui nous guettaient !

Mais point de « Tarares » sauvages à affronter, point d’ours sibérien à pourfendre ni de geôles desquelles s’évader … Nos seuls tatares furent les policiers russes, nos ours des chiens affamés et nos sombres geôles des hôtels plutôt confortables !!!



Mais nous avons quand même du mener nos trois chevaux (autre nom de l’Ami6) à travers les trous sournois des mauvaises routes, réparer notre attelage sur le vif comme l’on changeait les essieux en abattant un arbre, affronter les moustiques impitoyables et en horde supérieure en nombre, lutter contre des vents violents et des pluies menaçantes qui contraient l’avancée puissante de notre machine, et résister aux premières vagues de froid nous saisissant au réveil, et gelant jusqu’à l’intérieur de la voiture ! …

Notre récit commence aux portes de la Russie, loin à l’Est, quelque part entre Ulaan Baatar et Irkoutsk. Nos deux aventuriers entamaient un long retour après un exil de 7 mois à travers des contrées peu fréquentées. Il leur faudrait parcourir 6900 verstes (soit environ 7000 km) à travers forêts et montagnes, steppes et marécages pour atteindre leur objectif : l’Europe !



Quelques verstes à peine après avoir franchi la frontière, la forêt luxuriante refaisait son apparition. Et quel accueil, elle s’était parée de ses plus beaux atours. L’automne avait déjà saisi les arbres de sa main gantée de jaunes et d’ocres, et les tons chauds les plus chatoyants illuminaient les cimes frémissantes. Bouleaux et sapins ondulaient dans une brise exaltant leurs parfums d’humus et de résine. Nous n’étions que mi-septembre mais déjà l’automne battait son plein et ils pénétraient dans la vaste forêt sibérienne au moment où le festival des couleurs était à son apogée. Un véritable enchantement après toutes ces semaines passées au cœur des étendues steppiques. Les habitations aussi avaient changé et les yourtes avaient laissé place aux petites maisons de bois sibériennes.



Leur itinéraire devait d’abord les mener dans la capitale de la Sibérie asiatique : Irkoutsk. La route principale qui s’élance au Nord depuis la Mongolie, se divise après 220 verstes (235 km), d’une part vers l’Est, d’autre part à l’Ouest. La route de l’Est jusqu’à Vladivostok les avait bien tentée fut un temps, leur ouvrant la porte de l’évasion vers le Canada, et d’un retour par l’Est, réalisant ainsi, un tour du monde !… Mais l’organisation d’une telle entreprise s’avéra trop couteuse pour leurs bourses déjà bien amoindries et pour leur fidèle Ami6, elle aussi bien éprouvée par toutes ces verstes déjà parcourues.











La voie de la raison leur dicta de choisir l’Ouest pour rentrer plus directement. Après avoir suivi le soleil levant, ils se dirigeraient maintenant vers les lumières du couchant.


Cependant il leur fallait commencer par réussir l’épreuve des « montagnes russes » ! En effet le lac Baïkal est cintré par des reliefs assez abrupts. Et leurs trois chevaux se démenaient vaillamment, tantôt tels de « hardies colombes » dans les descentes, tantôt se trainant comme des « escargots du diable » dans les côtes ! Mais encourageant toujours leur monture ils veillaient à la ménager suffisamment, l’objectif étant de rentrer certes, mais au volant de leur dévouée Citroën.

Quand le premier surplomb leur laissa entrevoir le fameux lac Baïkal, ils restèrent sans voix : son immensité était telle qu’ils croyaient voir la mer ! Un vent furieux soufflait ce jour là et d’improbables vagues venaient se briser sur ses berges. L’écume qui se mouvait à la surface le rendait plus impressionnant encore et les fragiles barques de pêche étaient restées amarrées sur son bord. Nos deux amis ne purent résister à l’envie d’aller y plonger la main, immortalisant cette rencontre avec le plus grand et le plus profond lac du monde. Ils auraient souhaité prolonger l’admiration de ce spectacle qu’ils ne reverraient peut-être plus jamais, mais la pluie qui avait décidé par malchance de s’abattre ce jour là, les força à renoncer avec regret à leurs projets de bivouac au bord du lac.


Ils poussèrent ainsi leur étape jusqu’à Irkoutsk, roulant pendant toute la journée sur environ 457 kilomètres … Epuisée par ce rythme soutenu et les reliefs prononcés, leur courageuse Ami 6 vint à bout de la dernière côte en « première ». Ils décidèrent que tous avaient bien mérité de récupérer et la conduisirent à une écurie confortable où attelage et équipage purent prendre un repos mérité. Heureux d’avoir trouvé une auberge plus agréable que les sinistres hôtels soviétiques auxquels ils s’attendaient, ils prirent à peine le temps de profiter de cette ville charmante. Irkoutsk est pourtant un agréable lieu de villégiature en été et une destination fort romantique quand ses coupoles se couvrent de neige et ses ponts de givre en hiver.
Mais ils ne devaient pas oublier leur but : réussir à traverser la Russie dans le temps impartit. Leur mission devait gouverner leurs actions et, malgré l’envie qui était grande de visiter un peu mieux cette magnifique ville et ses environs, dés le lendemain matin ils filaient à nouveau sur la grande route sibérienne.
Cet axe de communication est l’unique route qui, traversant toute la Sibérie d’Asie en Europe relie Irkoutsk à Moscou. Cette voie historique était déjà celle qu’avait fait emprunter Jules Vernes à son héros, Michel Strogoff, dans les années 1860, mais en sens inverse pour accomplir sa mission pour le Tzar.

Après cette étape d’Irkoutsk donc, point de repos jusqu’à Novossibirsk. Il fallait prendre de l’avance pour parer à toute éventualité. De plus ils avaient pris des informations, qui s’étaient révélées fâcheuses, sur l’état de la route. En effet, ils savaient que cette portion était fort dégradée et ils s’attendaient à ce que leur cadence soutenue soit quelque peu ralentie. Cela n’était pas pour les réjouir, craignant aussi pour la santé de leur véhicule.
Environ 400 verstes plus loin, ils arrivaient sur les premières difficultés. La route pourtant goudronnée était criblée de trous d’un genre nouveau par rapport à ceux qu’ils avaient déjà dû éviter dans divers pays. Cette fois ils n’étaient pas nécessairement profonds, mais en si grand nombre et si serrés qu’il était impossible de les contourner. Ils étaient donc contraints de les franchir très lentement afin de ménager jantes et amortisseurs. Mais le pire les attendait et c’est bientôt la piste qui les accueilli, poussiéreuse et irrégulière. Et c’est dans le halo opaque et suffoquant soulevé par les énormes semi-remorques qu’ils durent poursuivre leur chemin.

Nos voyageurs se relayèrent au volant pour parcourir les 1900 verstes (presque 2000 km) qui séparent Irkoutsk de Novossibirsk. Ils franchirent cette distance en 4 jours, faisant parfois des étapes de 600 km, même dans ces conditions difficiles. Ce n’est que le soir, à la lumière du couchant qu’ils se décidaient enfin à prendre quelque repos autour d’un feu de camp.
L’un d’entre eux, allumé auprès d’un petit étang qui reflétait les délicates couleurs du crépuscule, promettait une belle soirée pour terminer cette longue journée. Mais ils réalisèrent, alors qu’ils s’installaient, que l’étang abritait de détestables hôtes et qu’il en était littéralement infesté : d’affamés moustiques ! Les insectes ailés étaient si voraces, qu’ils durent se couvrir le visage et les mains, et malgré cela, ils furent criblés de piqûres.
Ils tinrent bon cependant, ne voulant point chercher un autre refuge à cette heure avancée. Mais le sort voulu leur donner raison et une fois la nuit tombée, la température chuta et les venimeux diptères, comme par enchantement, disparurent !


C’est finalement à quelques centaines de verstes de Novossibirsk qu’ils retrouvèrent une route plus carrossable. Ils se réjouissaient de pouvoir détendre l’attention soutenue que demande la conduite sur piste quand, dans la matinée, Stéphane décela une vibration anormale au niveau de son pied gauche. Stoppant alors la voiture, il s’empressa de se pencher sous le châssis pour inspecter l’origine de ce bruit suspect.
- « Diable ! » s’écria-t-il.
- « Que se passe-t-il ? » s’enquit Emmanuelle subitement inquiète.
- « La fixation avant du pot de suspension s’est brisée ! ».
Le rejoignant alors à la gauche du véhicule elle lui demanda timidement :
- « Est-ce grave ? … »
Mais déjà Stéphane était couché sous l’Ami6 et examinait la situation.
- « Cela pourrait le devenir … » concentré, il ne s’étendit pas en explications.
Il ne tarda pas à trouver une solution de secours.
- « Ne t’inquiète pas, cela ne nous arrêtera pas » la rassura-t-il. « En pratiquant deux trous dans le plancher, afin d’y glisser une sangle, nous pourrons maintenir ainsi le pot de suspension en place. »
Et tout en s’expliquant il sortait déjà la malle à outils du coffre. Moins d’une heure plus tard, ils reprenaient leur route mais à une allure moins vive, soucieux de ménager cette attelle provisoire.


Ils attinrent finalement avec soulagement Novossibirsk en fin de journée. Cette grande cité d’environ un million d’habitants, située sur les rives de l’Ob, est devenue la plus importante de Sibérie. Ils eurent bien du mal à s’orienter dans le réseau de larges avenues et à dénicher une chambre et un enclos où mettre leur monture en sécurité. Finalement convenablement installés ils s’offrirent un long repos toute la journée du lendemain et festoyèrent même pour arroser ce jour du 21 Septembre …
Ils se trouvaient alors à quelques 200 kilomètres au Nord de Barnaul. Ils se souvinrent avec une pointe d’amusement, de leur mine inquiète lorsqu’ils arrivaient, 3 mois et demi auparavant dans cette ville. Leur machine surchauffant, s’essoufflant, ils doutaient même qu’elle parvienne à franchir les cols pour entrer en Mongolie (chapitre de L’Altaï).
L’ironie du sort en avait voulu autrement et ils plaisantaient maintenant sur leurs inquiétudes d’alors, ayant fait depuis tant de kilomètres !

Souhaitant qu’ils puissent rire encore de leurs craintes concernant cet ultime passage en Russie, ils reprirent à nouveau la route, reposés et déterminés.
Mais leur trajectoire allait rencontrer un obstacle : la frontière kazakhe !
En effet la route principale de Sibérie, traverse sur environ 200 verstes le nord du Kazakhstan … Jeu de frontières, intérêts politiques, l’affaire n’est qu’un détail pour un russe qui n’a pas besoin de visa, c’est une barrière infranchissable pour tout autre étranger sans possession du « sésame » ….Il leur fallait donc trouver une autre issue sans pour autant perdre de temps. Suivant les traces de leur héros, Michel Strogoff, ils choisirent exactement le même parcours et suivirent la voie historique : celle qui relie Omsk à Ichim et Tyoumen, pour passer l’Oural entre les très anciennes villes d’Ekaterinburg et Perm. Ils se réjouissaient de découvrir le visage de ces cités dont les noms résonnaient encore des descriptions de Jules Vernes.

Ils s’engagèrent sur une route de moindre importance mais très fréquentée, notamment par les énormes Tarentass des transporteurs routiers.
Ils lancèrent leurs trois chevaux à leur plus vive allure et enlevèrent leur véhicule à une vitesse de 66 verstes à l’heure. Ils pouvaient être satisfaits de dévorer ainsi les kilomètres car à l’époque de Strogoff, ils auraient avancé au plus vite à 12 verstes à l’heure avec trois chevaux !
Mais les éléments semblèrent alors se liguer contre eux afin de contrarier leur rapide progression. La pluie et le vent se déchainèrent avec force. Ils pouvaient encore lutter contre la pluie mais Eole avait décidé de souffler bien évidemment de face leur faisant perdre une vitesse considérable. Leurs trois destriers de démenaient contre cette force antagoniste, et donnaient vaillamment toute leur puissance. Mais le vent fou les contraignait à ne pas dépasser les 50 verstes à l’heure.
Ils échouèrent, résignés, mais non vaincus dans un relais de poste où ils purent laisser reposer leur brave monture et se protéger des assauts du vent pour la nuit.
Il souffla ainsi pendant prés de trois jours, durant lesquels ils avancèrent avec peine, prenant leur mal en patience, cherchant aux cimes des arbres agités un signe d’apaisement.


Ils trouvèrent refuge après 1000 verstes à Ekaterinburg, la belle ville qui annonce la fin de la Sibérie. Cette agglomération est la dernière de la grande région du froid, au pied des monts Oural. En effet la chaine de l’Oural, comme le fleuve du même nom, possèdent l’éminent rôle géographique, de séparer l’Europe de l’Asie. Ils décidèrent donc de faire halte, avant de passer la barrière de montagnes, qui les projetterait du côté européen. Encore une fois les souvenirs ressurgirent : traversant il y avait quelques mois seulement auparavant le fleuve Oural sur le large pont Abay, ils étaient entrés cette fois en Asie … (chapitre « Russie partie 1 »)
Ils en profitèrent pour s’occuper un peu de leur fidèle Ami6. Elle méritait bien une bonne douche ainsi qu’une huile fraiche pour son moteur et des bougies neuves. Une rapide visite de la ville leur permit d’admirer ses belles façades souvent colorées de bleu et les clochers ventrus des églises orthodoxes. Ce décor vieux de plusieurs siècles contrastait avec la modernité de certains immeubles qui avaient été intégrés parfois harmonieusement à l’architecture générale. C’était la plus jolie ville russe qu’il leur était donné de voir après Irkoutsk. Même si l’étape fut courte, elle n’en fut pas moins fort agréable et efficace, et ils repartirent le lendemain certes un peu retardés, mais avec des chevaux frais.

Ils espéraient que leur monture encouragée et bichonnée ne nécessiterait plus de halte prolongée. Ils s’exhortèrent à parcourir au moins 400 kilomètres par jour jusqu’à Moscou, encore distante de 1880 verstes, soit presque 2000 km. C’était la condition, s’ils voulaient gagner la capitale et voir le Kremlin d’où le courrier du Tzar était partit …

Il leur fallait d’abord franchir la fameuse montagne qui, s’ils la savaient très ancienne, leur faisait craindre quelques côtes difficiles. Il n’en fut rien et ils traversèrent dans une passe où l’altitude ne devait pas excéder les 600 m. Ce fut presque décevant car le fantasme était grand autour de cette frontière symbolisant les « Portes de la Sibérie » ! Cette terre si fertile pour l’imagination, et que beaucoup situent loin au Nord Est de la Russie, commence en fait dés le versant Est de l’Oural. Des exilés qui le franchirent à l’époque du Tzar, la plupart ne revinrent jamais, et l’on avait coutume de dire que « tout homme qui passait les monts Oural entre les gendarmes ne devait plus jamais les franchir » (Jules VERNES).
Aujourd’hui encore il existe une certaine scission entre la Russie de l’Est et celle de l’Ouest, et bien des citoyens russes ne sont jamais allés d’un côté ou de l’autre de ces fameuses montagnes !
L’Ami 6 et ses passagers les franchirent en moins d’une journée et furent le soir même au-delà de Perm. Ils avaient dés alors parcouru plus de kilomètres en Russie que bien des habitants de ce pays.
Il sembla, par un heureux hasard que le climat fut désormais de leur côté. Les températures se radoucirent et les nuages s’étaient enfin volatilisés. Ils avançaient à nouveau à un rythme soutenu et ils purent retrouver le plaisir des bivouacs en pleine nature. La douceur de l’air et le crépitement du feu de bois laissait à penser qu’ils avaient laissé les pluies automnales derrière eux et que le franchissement des montagnes les mettait à l’abri des premières rigueurs de l’hiver sibérien.
Mais ils ne tardèrent pas à se faire rattraper et c’est au petit matin, lors d’un réveil au bord de l’immense Volga qu’ils retrouvèrent la pluie. Bien grande était leur déception car ils espéraient pouvoir admirer le lever de soleil sur ses eaux. Mais ils avaient pu saisir la veille les derniers rayons du soir, et un doux crépuscule s’offrit à eux sur ce fleuve qu’ils croisaient pour la seconde fois, bien en amont de son delta (chapitre "Russie partie 1 »).
Cette énorme rivière prend sa source au nord de Moscou et vient terminer sa course, après s’être étalée en nombreux méandres et réservoirs, dans la mer Caspienne.
Ils suivirent son cours jusqu’à Nizni Novgorod pour atteindre le lendemain la tant attendue Moscou !

Deux cent verstes avant d’être en vue de la citée, la circulation devint alors plus dense et menaçante. Elle demandait une attention de tous les instants. Tarentass et télègues (Lada et Mercedes) survenaient de toutes parts, doublant dangereusement, ne maitrisant pas leurs chevaux emballés et ne respectant aucun code de bienséance ! Nos voyageurs aguerris n’avaient jamais vu pareille conduite proche de la folie et relevant d’une telle inconscience. Ils ne dénombrèrent pas moins de 5 accidents à l’approche de la ville. Mais c’est avec succès qu’ils pénétrèrent jusqu’au centre ville, sans heur et sans même une égratignure.

Ils avaient eu peu d’espoir au début du voyage d’avoir suffisamment de temps pour s’arrêter dans la capitale. Mais l’avance qu’ils avaient su prendre, leur permit cette fantaisie. Ils touchaient non pas au but, mais au commencement du roman de Jules Vernes : le palais du Tzar de Russie.
C’est devant le Kremlin, lieu plein de mystères et de secrets, que nous remerciâmes M. Jules Vernes de nous avoir tant inspirés, et si bien accompagné avec son roman palpitant tout au long de la route. Nous laisserons là nos envolées lyriques étant remontés à la source de l’histoire, et espérant vous avoir autant divertis à la lecture que nous nous sommes amusés à l’écriture.

Et c’est avec une certaine émotion que nous garâmes notre vieille Ami6 face aux murs rouges du Kremlin. A chaque fois c’est un nouvel étonnement et une certaine satisfaction d’atteindre des lieux qui ont nourri notre imaginaire pendant tant de kilomètres.

La Place Rouge ! Elle s’offrait devant nous, encadrée par les fortifications du Kremlin, le magnifique bâtiment vermillon du musée de Moscou, l’immense et historique Goum, un centre commercial logé dans une architecture splendide, et, tout au bout, se dessinant sur le ciel comme d’énormes sucres d’orges, les clochers de la cathédrale St Basil.
Nous avions bien quelques images en tête de cette place mondialement connue, mais c’était une réelle surprise de la découvrir, finalement si différente et plus belle que ce que l’on se représentait. Nous ne savions même pas que s’y trouvait le tombeau de Lénine, l’homme dont on s’amusait à dire qu’il est peut-être celui dont on a fait le plus de statues au monde !!!












Et les surprises ne manquèrent pas dans cette découverte du centre de Moscou, car les environs du Kremlin sont vraiment charmants. La citadelle est bordée d’un joli parc où éclabousse une superbe fontaine, et d’un petit canal ou moscovites et touristes aiment s’y promener. Sur son autre façade c’est la Moskova qui coule à son pied et offre depuis les ponts qui l’enjambent une superbe perspective sur l’ensemble.










Mais le plus surprenant est encore la visite du Kremlin même, le foyer de la politique russe ! On y découvre alors au moins 5 églises et cathédrales. On réalise ainsi que ce « Kremlin » souvent employé pour évoquer le gouvernement russe, est un palais. Autrefois lieu de résidence des tzars ce sont eux qui ont fait construire ces sanctuaires religieux, pour eux-mêmes et pour la cour. Mais celles que nous avons pu visiter sont d’un style étrange, très austères et couvertes de peintures sur l’ensemble des murs.













Nous avons ainsi trotté la journée durant dans tout le centre ville, retrouvant avec plaisir le charme et la belle architecture des grandes capitales européennes.

Nous avons aussi pu observer quelques beaux exemples de « look russe », dans cette ville branchée. La jeune femme russe porte souvent la crinière longue, abondante et plutôt blonde, la jupe courte, très courte, et le talon haut, très haut … Et leurs petits volants affriolants qui s’agitent juste sous le pli de la fesse sont un appel au vent fripon !
Mais cela semble apparemment naturel pour tout le monde … Juste une conception plus osée de la féminité …



Mais nous ne pouvions malheureusement pas nous attarder plus d’une journée dans la fourmillante cité de 12 millions d’habitants. Nous tenions à nous rendre à St Petersburg avant de quitter la Russie. Tout d’abord par curiosité pour la belle « Venise du Nord », ensuite pour y retrouver un ami qui nous avait chaleureusement aidé lors de notre première entrée en Russie (chapitre « Russie partie 1 »).
Environ 700 km séparent Moscou de St Petersbourg, nous comptions donc 1 jour et demi de liaison. Il nous en faudra bien deux, car la pluie ayant décidé de ne plus nous lâcher. Nous avancions plus prudemment car la conduite furieuse des autres automobilistes ne s’était pas calmée, même avec la mauvaise visibilité … De plus, après 300 km, ayant joué des essuie-glaces pendant toute la journée, nous les sentions faiblir quand ils finir par refuser d’essuyer une goutte de plus, au moment où nous cherchions un bivouac … Nous ne tardâmes pas à nous arrêter et une forte odeur de roussi envahit la voiture … Nous pensâmes alors que les essuie-glaces étaient définitivement « cramés »! Nous priâmes pour qu’il cesse enfin de pleuvoir le lendemain.


Fort heureusement c’est nappés dans une douce brume que nous nous réveillâmes au petit matin. On fit aussitôt rugir notre machine et nous nous lançâmes à nouveau sur la route. Quelques kilomètres plus loin, nous nous faisions doubler par un motard (chose rare à cette saison déjà avancée) qui nous fait signe de nous arrêter. Et là surprise, l’homme est français et il fait le pari, peut-être encore plus fou que nous, de traverser la Russie depuis le Japon, jusqu’en France !!! Mais le plus incroyable, et nos amis motards en conviendrons, c’est qu’il le fait au guidon d’une 250 Virago !!! Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette autre épopée voici son site :
www.blocteur.net/blog
Lui, suit les traces de Madame de Bourboulon, voyageuse du 19 siècle, qui a inspiré Jules Vernes pour Michel Strogoff ! Belle coïncidence de se rencontrer sur la route.
Du coup nous nous sommes racontés tout cela autour d’un café et nous sommes retrouvés un peu plus tard à St Petersburg.



C’est donc après un ultime bivouac que nous atteignîmes la belle ville du Nord.




Comme chacun le sait, St Petersburg est une superbe cité, parcourue de canaux. Construite sur d’anciens marais, elle s’avance sur la mer baltique, autour de la rivière Neva.










Cette ville si célèbre, qui fut la capitale de Russie pendant de nombreuses années n’a que 300 ans ! Cela est surprenant quand on voit les bâtiments qui paraissent très anciens et l’ensemble presque intact de cette architecture historique.
Pierre le Grand qui fit naître cette ville lui offrit les plus grands architectes européens. C’est peut-être pour cette raison que les occidentaux sont si sensibles à son charme car certaines de ses rues semblent s’inspirer des plus belles avenues parisiennes, en beaucoup plus coloré cependant. Il semble que la révolution soviétique n’a pas eu prise sur cette ville. Nous n’avons aperçu quasiment aucun batiment-bloc, lugubre et sombre de cette période.

Mais les toits de pain d’épice de ses églises baroques ne s’y laissent pas méprendre : on est bien en Russie et l’on sent que tout le charme de cette ville se révèle en fait en hiver…












L’automne, très pluvieux, n’est peut-être pas la meilleure période pour la visiter. Mais les éclaircies fabuleuses dont nous fûmes graciés, nous offrirent des contrastes spectaculaires.












Une autre saison est très appréciée pour profiter de cette ville : l’été et ses nuits blanches ! En effet St Petersburg et située suffisamment au Nord pour connaitre ce phénomène des nuits sans pénombre pendant presque deux mois. La clarté permet de profiter de journées interminables, où l’on se promène tard, où la fête anime parcs, rues et plages, ainsi que les quantités incroyables de bars et de restaurants.

Mais nous n’avons appris tout cela que grâce à nos guides : Inna et Pavel, les enfants d’Alexandre. Nous avions rencontré ce Monsieur lorsque nous avions passé la frontière russe par le ferry, et il nous avait invités à St Petersburg. A l’époque nous ne pensions pas passer par cette ville si au Nord. Mais le destin en a voulu autrement et nous étions ravis de revoir cette charmante personne, très joviale. Il était malheureusement en voyage au moment où nous sommes arrivés, et nous devions rencontrer ses enfants, qui ont à peu prés nos âges.
Ces derniers nous ont fait visiter tous les plus beaux endroits de la ville et nous avons franchement sympathisé. Ils se sont fait un devoir d’être de parfaits guides et nous ont fait passer une excellente après-midi.












Nous devions les revoir deux jours plus tard, Alex étant rentré, nous étions invités à déjeuner chez eux. La maitresse de maison nous avait préparé un festin et nous avons passé une bonne partie de l’après-midi à table ! Mais c’était très sympathique, presque tout le monde parlant anglais nous avons pu facilement communiquer et nous avons passé un joyeux moment, très convivial. Nous espérons vivement qu’ils pourront venir nous voir en France. Nous avons d’ailleurs appris à ce sujet qu’il est aussi difficile pour un Russe de venir en France que pour un français d’aller en Russie ! Il leur faut à eux aussi une lettre d’invitation ! Nous avions pesté contre l’administration russe et ses complications, il faut croire que nous ne faisons guère mieux …


Ainsi se terminait notre séjour à St Petersburg, encore un lieu où nous aimerions revenir, comme des centaines d’autres qui nous ont touché, sur notre route … Il fallait quitter le lendemain la grande, l’immense, la gigantesque Russie. Ce n’était pas sans un léger pincement au cœur que nous prenions la route de la frontière, une nouvelle fois.
Nous étions tous plongés dans l’évocation de ce long parcours de 3 semaines, quand soudain : Les Tartares !!!
Bâton levé, sifflet au bec, ils nous ordonnaient de nous arrêter.
La culpabilité nous tombe sur les épaules tout à coup, mais aucune signalisation, aucun village, rien qui aurait pu nous faire douter de notre innocence : sans doute un ultime contrôle, qui se soldera par « elle a quel âge votre voiture » !
Niet !
Celui-là n’avait pas l’air d’un drôle du tout, et il semblait qu’il y avait « Prrrrroblém » …
Le problème c’est que nous étions arrivés à 74 km/h dans une zone à 60 … Selon les dires du bonhomme car nous n’avons vu aucun panneau … Ca n’est pas la première fois …
On prend notre air bête et contrarié. On fait signe qu’on ne comprend pas le russe, espérant bien que découragé, il nous laisse repartir. Mais c’est un têtu le bougre et muni d’un petit carnet de traduction russe-anglais il nous pointe du doigt :
« Vous avez fait une infraction flagrante »
« Vous avez outrepassé les lois du pays »
« Vous n’avez pas respecté le code de la route » …etc
Bon le message est clair : il n’est pas content, on a fait une Grosse bêtise … Même si on avait l’air bête, on avait bien compris !
Il nous annonce alors qu’il faut retourner à St Petersburg si on veut récupérer nos papiers !!!
Pas question ! Notre visa se termine dans quelques heures.
Là du coup on retrouve nos quelques mots de russe pour lui expliquer que c’est im-po-ssible !
Comment se résout une affaire comme celle-ci d’après vous ? …
Et bien on donne ce qui reste dans le fond du porte-monnaie, et on espère que cela fera l’affaire ….
Et on est repartit.
Et oui, l’Europe, c’est juste là, à 50 kilomètres, mais ne pas s’y tromper, tant que la ligne n’est pas passée, c’est encore bel et bien la loi (ou non loi) russe qui règne.


Cependant ce fut le seul control qui s’est soldé ainsi sur la bonne vingtaine à laquelle nous nous sommes soumis, toujours auprès de policiers courtois et même sympathiques. Nous étions même contents de retrouver des forces de l’ordre dignes de ce nom après les policiers mongols, toujours imbibés d’alcool …
Ainsi quelques dizaines de kilomètres plus loin, nous passions la frontière, rapidement et sans aucun problème, sans même une fouille du véhicule (dommage, on aurait dû ramener une caisse de vodka !).

Nous voici maintenant en Estonie, tout au Nord de l’Europe, le premier des trois pays baltes que nous allons traverser.
Nous garderons un excellent souvenir de Russie qui, alors que nous la redoutions, certainement à cause des difficultés pour y entrer, nous a énormément plus. Nous y avons trouvé des gens conviviaux et souriants (pour ça, la voiture n’y est pas pour rien …) et des paysages splendides et contrastés. Un pays à découvrir, vraiment, car il paraît bien lointain et bien mystérieux aux occidentaux.

Plus que 3 400 km, et le village de St Didier sur Beaujeu sera bientôt en vue !
En espérant que l’Ami 6 voudra encore bien fournir ce dernier effort.

11 commentaires:

mag le presque brésilienne! a dit…

Quel périple!!
C'est toujours aussi super de vous lire!
bon, on se revoit bientôt.
Moi, je vais aller prendre un peu de soleil et je tâche de vous en ramener un peu pour chauffer notre future soirée...
Gros bisous

sos2cv a dit…

Nous sommes fiers de votre périple et c'est avec impatience que nous attendons vos nouvelles.
Atrès bientôt de vous lire.
Delphine pour sos2cv

LE ZUBIAL a dit…

Génial !

Je me suis régalé à vous lire "sur les traces de Michel Strogoff" ! Quel grand moment d'aventure !

C'était vraiment excellent !

Bon, vous verrez, les baltes sont sympas, Pierrot et moi allons en Lettonie dans 3 semaines .....

J'ai l'impression que vous n'allez pas tarder à arriver.....

Si vous arrivez par le nord, n'oubliez pas, dans 10 jours Publivores au Grand Rex, avec Pierre, Pierrot, Marie, Djam, Raph, et Toto.

Si vous arrivez à être là, si vous arrivez pile là, ce serait VRAIMENT magique...

(ça fait 300 kms par jour à faire)

Cap ?

Sinon, de toutes façons, on se verra bientot, et ça tombe bien, parce que j'ai hâte de vous voir§

Prenez soin de vous

Je vous embrasse

Thomas

monjouet a dit…

La traversée de la Russie? Une formalité quasi littéraire!
Quel style, quelles envolées! Profitez bien des pays baltes, c'est magnifique.

richarafgha a dit…

vous etes passes deux fois au dessus de ma tete en 6 mois... ca doit etre ca les etoiles filantes... bande d'ecrivains voyageurs...RDV en decembre pour une soiree Asie coloree..tcho

fanny a dit…

J'ai omis hier de vous dire que l'ami6 break sera dans notre garage tres prochainement... votre projet a fait des petits!!! On a meme trouve le guide d'entretien avec le plan des points de graissage dans une bourse aux livres la semaine derniere!
Faut venir voir ca les copains!
Bises de Mc leod Ganj (le dalai lama n'est pas la, zut...)

le frere a dit…

mais quel style, quelle verve flamboyante, mon dieu... le coup des "gant de velour pourpres qui carressent la cime des futees russes encore moites et fremissantes"!!! C'est digne d'Arlequin! Ha ca faisait un petit moment que je n'avais pas ecris sur votre blog, mais me revoila! HAHA! C'est le frere qui peut pas s'empecher de vous vaner... C'est toujours un plaisir de vous lire meme si ca prend de plus en plus des tournures de remantique 19e! Franchement, lire votre blog a haute voix sur du Chopin, c'est grand!
Bon j'espere bien que vous alle finir par rentrer parce-que a Lyon on vous attend de pieds ferme pour faire une tawa que j'vous raconte pas comment qu'on va s'la mettre!!! (vous aurez reconnu le plus pure style de "la jeunesse bourbonnaise").
Vous nous manquez beaucoup, merci encore pour ce beau voyage que vous nous avez permis de faire... et le prochain coup c'est sur deux roues, hein Steph?

Bizzzzzzz a vous deux de la part de nous deux.

PS : RIRI, je n'arrive pas a t'ecrire sur ton blog mais c'est savoureux... et je pese mes mots... je vais passer pas loin de chez toi dans 15 jours, je vais a Dubai a la fin du moi d'octobre... j'te f'rais coucou du hublot!

Elise a dit…

A ce rythme-la, vous allez arriver en France avant moi!
Je vous souhiate en tout cas encore beaucoup de belles rencontres sur votre route, car vous avez une maniere si naturelle de les vivre et de les raconter!
Pour moi, c`est le decompte qui commence, car dans une semaine j`aurai retrouve le sol francais... Melange d`emotions!
Et vivement la revoyure avec vous!

maryse a dit…

ça yest la dernière ligne droite est amorcée. tout ce que vous nous relatates fut tellement merveilleux!!bon vent jusqu'à beaujeu. Gros bisous

Stéphanie a dit…

Dernière ligne droite avant votre retour dans notre chère contrée...
PROFITEZ !!!!!!!!!!!!!!!!!
Biz Stéph R.

Anonyme a dit…

Quels réves !
Merci de nous avoir fais partager ces merveilleux moments, ce fût magique.
A bientôt
Bises à vous deux
Isabelle