samedi, mai 27, 2006

Almaty



Après Turkestan, le paysage a progressivement évolué vers des milieux moins arides et la steppe c’est soudain changée en un champ de fleurs !




Parée du vermillon des coquelicots et des boules blanches des buissons fleurissants tels des moutons mousseux, la steppe verdoyante est devenue un tableau aux contrastes saisissants que le printemps a peint avec allégresse sur le bleu azuré du ciel.

Nous étions fascinés par ce spectacle quand ont commencées à se dessiner de hautes montagnes au loin. Nous avons alors longé la chaine des Tian Shan, qui marque la frontière sud du Kazakhstan avec l’Ouzbéquistan, le Kirghistan et la Chine, culminant à 7010 m.



Cette altitude de neiges éternelles contraste avec la douceur de ses contreforts onduleux et verdoyants qui ressemblent étrangement aux Alpes suisses. Après le désert que nous avions d’abord parcouru dans le Nord du Kazakhstan, nous n’aurions jamais imaginé pareille nature, verdoyante, sillonnée de jolis cours d’eau et de grands chênes aux feuilles démesurées.


Nous avons fait quelques bivouacs face à ce splendide panorama, contemplant la lumière déclinante du soleil empourprant les sommets, observant les hérons, grues et vanneaux se préparer pour la nuit et nous réjouissant de pouvoir admirer tout cela sous nos yeux.

Cela dit, après la méditation, il a fallu passer à l’action car la route ne se contente pas de suivre paisiblement ces belles montagnes, elle les traverse par un col à 1200 m, seul moyen de contourner le Kirghistan. C’est un curieux détour d’ailleurs car la route principale, qui rejoint Almaty à Shimkent et Turkestan (les grandes villes du Sud kazakh), passe par le Kirghistan et en plein milieu de sa capitale : Bishkek.
C’est très certainement parce que cette route fait partie de ce qui fut la mythique Route de la Soie et que son lointain tracé est resté l’axe majeur de communication entre les pays d’Asie Centrale. L’ironie étant que pour nous qui devrions prendre un visa kirghize si nous passions dans leur territoire, il nous a fallu pour éviter les douanes quitter la route principale pour prendre une petite route secondaire sur environ 200 km …

Mais la bonne surprise fut de trouver sur son bas-côté des dizaines d’apiculteurs itinérants installés là, avec leurs ruches tout juste sorties du semi-remorque pour vendre leur miel.


Il a ensuite fallu attaquer une longue ascension, par au moins 40°C au soleil de midi et bien évidemment avec un bon vent contraire. Notre pauvre Ami6 n’a pas trop apprécié et il nous a fallu plusieurs haltes et quelques coups d’œil dans le moteur pour s’assurer qu’elle irait jusqu’au bout. Arrivée à la passe à 1230m, elle a pu refroidir correctement dans la descente, mais c’est alors que des toussotements et soubresauts nous ont contraints à l’arrêter de nouveau. Après analyse de la situation et vérification de l’état des bougies, Stéphane en a déduit que c’était certainement l’essence qui était en cause ! Et oui c’est assez fréquent au Kazakhstan que l’essence plombée soit de très mauvaise qualité. Et dire qu’ils ont des puits de pétrole plein le pays et pas fichus d’avoir de l’essence de bonne qualité et des routes goudronnées !


L’Arrivée à Almaty fut Rock & Roll, comme souvent quand on arrive dans ces grandes villes peuplées de piètres conducteurs fous du volant, pressés, stressés et accrochés à leur klaxon. Sans compter qu’une voiture sur 3 a le volant à droite (ce sont des voitures importées du Japon) alors qu’on roule à droite, ce qui ne facilite pas la conduite ! …
Il faut ajouter à cela des dizaines de piétons figés ou courant au beau milieu de la chaussée et sur les bords, chacun choisissant son style pour tenter de traverser. Et deux paires d’yeux sont tout juste suffisantes pour sauver son aile arrière, éviter la mémé, klaxonner pour faire comme tout le monde et trouver son chemin dans cette cohue.


Nous avons tout de même réussi à nous poser devant un café pour souffler un peu et trouver un téléphone pour joindre Jean-Bernard, notre contact à Almaty.
Celui-ci s’est révélé extrêmement accueillant et généreux, nous offrant une chambre dans son immense appartement, la liberté d’utiliser la cuisine et les autres commodités, l’accès à son excellente discothèque et vidéothèque et enfin la possibilité de nous connecter à son réseau Wi-Fi ! Nous voilà encore reçus comme des rois.



C’est vraiment une chance car nous projetions de passer au moins 10 jours à Almaty pour faire nos visas, et la ville est aussi moderne que chère …


Elle fut la capitale du Kazakhstan pendant des années avant que le Président Nazarbaev ne décide il y a 10 ans de la déplacer à Astana, beaucoup plus au Nord, mettant en avant le haut risque sismique d’Almaty. En effet cette dernière fut pratiquement détruite lors d’un tremblement de terre en 1911. Seule resta debout la cathédrale entièrement de bois du parc Panfilov qui date de l’époque des tzars !

Ainsi la ville entièrement reconstruite a une architecture très moderne et est organisée selon des rues toutes perpendiculaires comme aux Etats-Unis. C’est resté la capitale économique du pays et les marques de luxe sont toutes représentées en centre ville.

Heureusement les trottoirs tous arborés lui donnent un caractère sympathique et protègent de la chaleur déjà écrasante de certaines journées. La proximité des montagnes qui se déploient sur tout l’horizon au Sud agrémente encore cette impression.


Mais si l’on prend un petit peu d’altitude en montant sur les collines alentour, on est alors estomaqué par la couche de pollution qui plane sur la ville. C’est carrément écœurant.



A côté de cette image très occidentale, le haut lieu du commerce reste heureusement les « bazars » ! Un vrai bonheur de se laisser brasser dans cette foule bigarée qui se presse autours des étalages les plus variés. Les odeurs et les sons vous assaillent immédiatement et vous enchantent ou vous écoeurent, les deux en même temps !

Tout est cependant assez bien organisé et se succèdent le coin des chaussures, celui des vêtements, puis les ustensiles de cuisine, les fruits et légumes, la viande etc, etc … Mais le tout est tellement envoutant que nous avons fait 7 km en bus bondé et roulant par l’opération de St Christophe, pour aller visiter le plus grand d’Almaty, qui doit s’étaler sur plus de 5 km !



C’était la partie la plus sympathique de notre séjour à Almaty, mais malheureusement nous n’étions pas venus pour le shopping mais pour les formalités de visa … Et cela fut, nettement moins sympathique ! Car il fallait compter sans l’ambassade de Russie, une aventure … ou un cauchemar, au choix …

Nous avons commencé par nous préoccuper du visa mongol, nécessaire pour obtenir le visa de transit pour la Russie. Nous étions les seuls « demandeurs » devant l’ambassade et le consul mongol semblait bien seul dans cet édifice où il faisait tout, même le portier. Il fut cependant bigrement efficace et s’il n’avait pas eu un problème informatique, nous aurions eu nos visas en 2h.
Le plus difficile fut de trouver le consulat. Caché dans un faubourg d’Almaty, à 7 km du centre, le moyen le plus facile pour s’y rendre était de prendre un taxi. Seulement les taxis « officiels » sont rarissimes et chers. Ainsi tout le monde utilise la méthode de la main levée pour héler n’importe quelle voiture qui passe et qui veut bien vous prendre. Une sorte de stop payant, qui fonctionne extrêmement bien en ville car la quantité de véhicules est phénoménale et que chacun y trouve son compte : moins cher pour les passagers et un peu d’argent contre un petit détour pour le conducteur …

Une fois le visa mongol en poche, tout contents nous nous présentons à l’ambassade de Russie. Et là commença l’attente infernale ! Il nous faudra 2 jours à attendre devant la grille pour que Monsieur le consul daigne nous recevoir. Il faut dire qu’on entre au compte goutte car il doit voir 1 à 2 personnes par demi-journée, et encore ! …
De quoi user les nerfs des plus patients.
On est parvenus à rentrer le 1er jour vers 11h30. Mais on nous a gentiment raccompagné à la sortie car ça allait être la pause déjeuner : revenir à 15h. Manque de pot on est jamais plus re- rentrés de la journée et Emma s’est fait un début d’insolation devant les grilles en plein soleil.

Quand finalement Monsieur a accepté (le 2em jour) de nous rencontrer, il a épluché notre dossier ligne par ligne et nous a renvoyé au consulat de France pour faire traduire et certifier nos documents d’assurance !
Nous partions confiants à l’autre bout de la ville retrouver des compatriotes. Que neni ! Ils ne font ni traduction ni certification de documents rédigés en russe et ils nous renvoient chez un notaire ! Mais allez trouver un notaire kazakh qui lise le français pour l’écrire en russe !
Là on a commencé à péter les plombs …
On est retournés au consulat de France et on a supplié la petite secrétaire de nous traduire notre lettre en russe. Elle a gentiment accepté mais l’a rédigé à la main car elle n’avait pas d’ordinateur ! Il nous a donc fallu trouver un café internet avec une imprimante et des claviers russes, bien sur. Et nous voila partit à essayer de déchiffrer du russe en lettres minuscules pour le taper en majuscules. Inutile de dire qu’au bout de 10 mn on avait écrit 2 mots et pleins de fautes … Heureusement l’employé du café est gentiment venu se porter à notre secours et a tapé la lettre pour nous ! Sympa le garçon.
Nous voila alors repartis à l’ambassade de France faire le forcing pour avoir le tampon certifié conforme. La consule a finit par accepter mais moyennant 15 Euros par lettre !!! Ca fait cher l’encre tout de même.

Cette fois tous les documents sont réunis pour le russe tatillon (le mot est très très édulcoré ).
On retraverse la ville, on retrouve nos grilles maintenant familières, on reprend notre attente favorite pendant 1 heure … et le portier nous annonce que le consul (en pleine forme le matin même) est maintenant …MALADE !!!! Là que ferait une personne saine d’esprit ?
Elle se jette sur la grille ?
Elle fond en pleurs … ?
Ben elle a pas le choix, elle revient le lendemain … !
Mais on ne vous cache pas que nous étions à la fois furax et déprimés. D’autant plus qu’il nous faut quitter Almaty au plus tard le 27 Mai avant que notre visa n’expire. Ce petit jeu ne peut pas durer éternellement ! Sachant nous devons passer en Russie uniquement pour pouvoir entrer en Mongolie…
Heureusement le gentil portier ayant vu nos mines déconfites la veille nous a fait entrer les premiers le lendemain matin (on était devenus potes depuis le temps !). Le méchant consul n’était pas malade et avait décidé de bien vouloir travailler ce matin !
On a eu l’impression de passer un examen quand il a épluché à nouveau nos dossiers. On ne vous dit pas le soulagement quand il a finalement agrafé les paperasses. Et on est ressortis à midi AVEC NOTRE VISA RUSSE !
Au final, l’aventure nous a couté la bagatelle de 11 500 Tengués (80 Euros) chacun, sans compter les taxis.
Mais on y a gagné quelques copains, ce qui sera le seul bon côté de l’histoire : un couple germano-espagnole qui revenait d’Inde, et un couple de français qui font un super périple dans les ex-pays d’Union Soviétique et dont voici le site internet très intéressant, où on vous recommande d’aller jeter un oeil :
http://www.15ans15pays.com/
Du coup on a fêté ensemble comme il se devait l’obtention de nos visas ….russes …. à la vodka ! … Mais nous ne publierons pas les photos …

Après tout cela Stéphane a enfin pu se consacrer à la révision mécanique qu’il avait programmée depuis l’arrivée à Almaty.
Il lui fallait solutionner un problème de pas de vis de bougie sur le cylindre gauche, ce qui n’a pas été une mince affaire. Il nous faudra 2 jours pour trouver les pièces et le garage pour nous aider. Mais on vous passe les détails, un peu trop techniques.

Nous avons tout de même trouvé le temps de nous balader un peu dans cette vaste cité dont les longues avenues vous coupent les jambes, de visiter le musée consacré à l’histoire du Kazakhstan et dont tout un étage est entièrement réservé à la présidence de Nazarbaev …(sic) et de profiter un peu des multiples « Pectopah » et cafés de la ville.
Cette pause fort occidentale fut agréable mais nous avons hâte de reprendre la route et de quitter cette terrible pollution, aussi bien aérienne que sonore. Nous retrouverons nos chers bivouacs et surtout notre fidèle Ami dés demain.


Nous quitterons le Kazakhstan pas Semipalatinsk au Nord pour une liaison de 1200km en Russie qui nous fera traverser l’Altai pour atteindre le seul poste frontière à l’Ouest de la Mongolie : Bayan Olgi, le 4 Juin. On touche au but !








On the road again et à bientôt ...

10 commentaires:

Alex & Céline a dit…

Enfin vous revoila, j'ai bien cru que vous vous etiez perdu apres autant de temps d'attente de la reactualisation de votre blog...
Je vois que pour la paperasse c'est pas une partie de plaisir, personnelement vu comme vous galerez pour vous procurer un simple visa, je serai devenu fou a votre place, votre patience l'a remporté ( de toute façon vous n'aviez pas le choix ! ).
J'vous souhaite bonne chance pour la re-traversé de la Russie, (prepare les euros...!).
Bon courage on est tous avec vous.
Alex & Céline

mag a dit…

enfin des news!!
Joel commencait à se faire des cheveux blancs ..... et moi aussi!!
Bon Spring boogie, ambiance cool, beau sunset et un saut avec tim porter....le pied!!!
Bon courage pour la Russie. Merci encore pour ces belles images. Prenez soin de vous et de l'AMi.
Gros bisous(de Joel aussi)

Anonyme a dit…

je vous bises j espere que le FG est au frais faut pas palisanter avec les choses sérieuses de la vie
nous meme

maryse a dit…

Ah! enfin vous revoilà, felicitations pour vos descriptions très poetiques et pour votre grande patience. Merci pour vos belles aventures et votre bonne humeur. Une tata qui pense fort à vous.

monjouet a dit…

Génial de vous lire, de recevoir ces photos extraordinaires d'Emma en ornitologue au pied des "Alpes", de vous sentir aguerris et débrouillards face aux misères administratives, bref, de sentir le bonheur dans vos regards. De vrais voyageurs qui ont largué les amarres, en route vers des aventures nouvelles, encore et encore, et moi, j'en redemande.
Et plus vous vous éloignez, plus je me sens proche de vous. Allez comprendre! Emma, tu es radieuse, Stéphane, tu vires un peu guerrier Mongol avec ta barbichette! Merci pour tout ça. Laurent.

LE ZUBIAL a dit…

C'est vrai que le grand air des plaines kazhakes a l'air de vous réussir !

Vous êtes radieux, vous avez l'air heureux, vous êtes beaux !

Sans doute, c'est parcve que vous êtes en train de réaliser, de vivre un rêve, et ça, c'est le secret du bonheur.

Quels qu'ils soient, il faut croire, vouloir, et persévérer dans la réalisation de ses rêves, de ses projets, même fous, surtout déraisonnables.

Vous montrez ce chemin, le chemin de l'épanouissement personnel, de la recherche de sens dans notre existence, vous nous donnez à tous, à travers ce blog, à travers vos aventures, l'envie de vivre, nous aussi, nos vies...

C'est en tous cas ce que je ressens quand je vous lis, vous me donnez l'envie d'oser, l'envie de croire, l'envie de faire, l'envie de vivre, l'envie de rêver. Comme vous !

Et je pense que beaucoup vivent la même chose ici, car, en lisant les commentaires de chacun, je ressens cette même gratitude profonde et sincère à votre égard.

Merci de rayonner sur nous.
Je vais monter une secte dont vous serez les gourous (coucou!)
:o)))))))))

Thom

Anonyme a dit…

Merci à tous les deux pour ce que vous nous offrez et merci aussi au Zubial de si bien nous le faire partager. par contre si le zubial crée une secte... méfiez-vous ..je l'ai vu arranguer les foules à Genève...il est irrésistible !du grand art. Bises papa

Anonyme a dit…

salut les gamins, je continus a vous suivre, formidable comme j'aimerais etre a votre place, enfin bientot la retraite, je viens d(investir dans une deu deuch fourgonette, et a moi les grands voyage
je vous embrasse

andre

richarafgha a dit…

je reviens du site 15ans15pays...une super rencontre ...un super projet...la planete regorge d'aventures comme la votre..ca laisse plein d'espoir et plein d'envies...je vous souffle du sable derriere les oreilles..ici c'est tempetes sur tempetes..le sable relie la terre et le ciel..tcho

Anonyme a dit…

J'ai trouvé la surprise. Très sympa.
Il ne me reste plus qu'à acheter le même en vrai et partir. Bientôt.
Bon vent.
jb