samedi, avril 08, 2006

Immersion culturelle

Avant de partir dans les Carpates nous devions retrouver un roumain, rencontré dans une station essence au volant de sa 2 CV une semaine auparavant. Il nous avait alors invité chez lui et nous avait donné son numéro de téléphone. De retour à Bucarest nous l’avons contacté et nous nous sommes baragouiné en franco roumain un rendez-vous pour le soir même.
Il nous a conduit chez lui au nord de Bucarest. La maison toute de bois multicolore semblait poussée comme un champignon au milieu d’une zone industrielle. Le jardin autour éclatait en bourgeons de printemps, chiens et chat se baladant au milieu des planches et de divers objets, et l’ensemble était assez surréaliste.

Il nous parlait en roumain, avec une telle envie de communiquer, qu’avec ses quelques mots de français mâtinés d’italien et assaisonnés d’un peu d’anglais, on arrivait à se comprendre.
Sa femme qui nous a rejoint plus tard parle français et elle a fait alors la traductrice.

Ils nous ont offert le repas, ont tenus à nous laisser leur chambre et nous ont ouvert tout grand leur modeste demeure. Ils se seraient pliés en quatre pour nous faire plaisir.
Le lendemain Emma est allée au grand marché de Bucarest avec Mona. La surface occupée par le marché est immense et divisée en plusieurs secteurs : les bouchers d’un côté et les poissonniers d’un autre sont regroupés sous un marché couvert, les fruits et légumes sont un peu plus loin, mais surtout le coin original était celui de la quincaillerie et objets en tous genres, jamais je n’ai vu une telle diversité passant des matériaux de construction au fer à repasser, aux louches et aux postes de radio … Ici tout se négocie, même les cartouches de cigarettes, si vous allez voir discrètement la petite tzigane au coin de la rue : moitié moins cher que dans les magasins … L’essentiel c’est le prix, l’origine du trafic n’intéresse personne …

Steph de son côté, est resté faire une bonne révision de la voiture avec son nouvel ami !
Entre « Citroënistes » pas de problème de langage, quand il s’agit de causer cardan, pompe à essence ou vidange, tout est clair ! Adrian est même allé chercher un ami pour ressouder la pate de fixation de l’alternateur qui s’était cassée quelques semaine plus tôt (pour ceux qui ont raté l’épisode, voir le chapitre «de Zagreb à Belgrade » :=) )




A midi nous avons eu à nouveau le barbecue, ils ont acheté des kilos de viande et de saucisses pour nous faire plaisir … (on s’est bien gardés de leur dire qu’on était plutôt légumes comme régime !) La dessus Adrian a sortit sa camera ! Le bonhomme était assistant cameraman avant sa retraite (entre autres jobs). Décidément que de points communs avec Steph, car il est aussi « inventor, ingenior et doctor de voiture » !!!

Au final nous avons eu grand mal à prendre congé de leur immense hospitalité car ils auraient aimés nous garder encore et nous nous sentions vraiment bien avec eux. On a beaucoup ri, et on a aussi beaucoup appris de la vie de certains roumains à Bucarest. On a surtout découvert un sens de l’hospitalité que nous n’imaginions pas, ils semblaient juste vouloir nous faire plaisir et nous avons été extrêmement touchés par tant d’attentions. Steph pense que c’est « l’esprit deuchiste » … En tous cas il est vrai que nous les avons rencontrés grâce à l’Ami6 et pour le coup le hasard a bien fait les choses car il n’y a que six 2CV et une seule Ami dans toute la Roumanie.
Mais les Carpates et la ferme « WWOOF* » nous attendaient, et c’est le cœur un peu serré que nous avons repris la route.


Le lendemain nous avions rendez-vous avec Erwan à Fagaras, une petite ville des Carpates méridionales. La mine joviale il nous invite à le suivre jusqu’au village où il vit, à quelques kilomètres. La route principale est coupée par les crues de l’Olt et il nous faut prendre une piste pour y accéder. Cobor est quasi inaccessible à certaines périodes de l’année car il est un des villages les plus reculés de la région. A la vue de sa moto pleine de boue nous nous enquérons de l’état de la piste : « Bo ! Ca monte un peu mais c’est beaucoup plus sec ces derniers jours » …

Nous voila partis à la suite du motard, sur une jolie route qui serpente entre des collines qui nous rappellent l’Auvergne. Arrivés au pied de la piste Erwan s’arrête discuter avec un villageois, qui lui dit qu’avec cette voiture on ne montera jamais. Mais pris dans notre élan on se lance à l’assaut de cette longue côte. S’agirait pas de s’arrêter, sinon c’est demi-tour assuré. Steph concentré à 200 % nous mènes au sommet où nous arrivons finalement en 1ere. Mais il reste à négocier la descente sur l’autre versant dans 20 cm de boue fraiche ! Cette fois c’est le Camel Trophy : ça nous donnera une idée de la semaine qui nous attend …

On arrive tant bien que mal, et notre hôte, surpris par les capacités de notre auto, nous présente enfin son domaine ainsi que Nélou, son acolyte.
Erwan est français et il est littéralement tombé amoureux de la Roumanie. Il a alors décidé de venir s’y installer et s’est déniché une puis trois maisons dans ce village perdu pour y monter plusieurs projets. Son leitmotive : la solidarité, l’entraide, l’engagement personnel et la persévérance.

Il nous a donc entrainé dans une semaine de labeur dans une ambiance sympathique. 1er boulot sur notre route de l’eau : remettre en état un puit ! Ce ne fut pas une mince affaire, deux jours de travail pour refaire la margelle, curer le fond et le nettoyer entièrement.

Mais bien évidemment ce n’était pas tout, nous avons aussi déraciné des souches, préparé le jardin potager, monté une barrière, tombé un mur de terre, rangé du bois, consolidé une grange, et un tas d’autres bricoles …



En gros on a bien bossé mais en contrepartie on a été nourris comme des princes. Nelou nous a préparé une cuisine roumaine délicieuse toute la semaine : au menu Ciorba (bouillon de légumes avec des morceaux de viande) servie plutôt au déjeuner, beaucoup de légumes cuisinés assez relevé, un excellent plat de choux cuit (style choucroute) avec des petits morceaux de viande (mais attention à la fermentation…). Et surtout le merveilleux cakou de Nelou !
Le plus dur c’était d’attendre 15h voir 16h pour le repas de « midi ». En effet en Roumanie on mange plutôt à cette heure-ci, sans faire de pose à midi.


A la fin de la semaine nous l’avons accompagné pour aller chercher une scierie à 250km de Cobor, sous la pluie. Un vrai périple nous attendait.
Nous sommes partis à 10h00 du matin pour revenir … à 3h00 du matin ! Cela redonne la notion des distances quand il n’y a pas d’autoroute et qu’en plus les routes sont chaotiques. De plus au retour nous trainions une charge très importante et sur certaines portions nous roulions au pas tant il y avait de nids de poules. Mais surtout au final il fallait reprendre la fameuse piste ... Là pour le coup impossible de monter, seule solution, appeler Nelou à la rescousse avec l’Unimog (petit camion 4x4). Notre véhicule était bien équipé d’une radio mais celle de Nélou était déchargée, Erwan a bien un téléphone portable mais il n’avait plus d’unités …
Heureusement qu’il y avait par miracle une cabine au village en bas de la piste et qu’Emmanuelle avait une carte de téléphone roumaine !
Mais là encore tout n’était pas gagné car il fallait que Nélou arrive à démarrer l’Unimog n’aillant été briffé qu’une fois et de jour, sachant que la batterie était faiblarde, et qu’il n’y avait que très peu de gasoil !
Suivi une longue attente à guetter des phares dans la nuit. Nous commencions à nous préparer à effectuer les 5 km à pied quand enfin notre sauveur est arrivé ! On a alors fixé une élingue à la camionnette et le long et lourd cortège a commencé l’ascension.
Là encore c’était complètement surréaliste de voir cet équipage gravir la colline dans la boue en pleine nuit : un camion, qui en tirait un autre, qui tirait une scierie à 12000 Euros !
Bien évidemment l’élingue à cassé et Steph s’est mis debout sur le frein jusqu’à ce qu’on la remplace par une plus grosse, et c’était repartit, cette fois jusqu’à bon port, où tout est arrivé intact.
On a enfin pu souffler autour d’un petit plat de Nélou (on avait toujours pas mangé) à 4h du mat.

Voila, « c’est ça la Roumanie » dixit Erwan, il aime ça, et c’est son quotidien.
Un peu fou nous direz-vous ?
Oui, et qui se ressemble s’assemble ! C’est pour ça qu’on était contents de partager cette semaine avec lui, ce gaillard idéaliste et courageux, qui va au bout de ses rêves et qui nous a bien fait rire quand il jure en roumain « Puta Madre de Dracul » !

Certes nous n’avons pas visité le château de Dracula et autres sites touristiques, mais ces 10 derniers jours ont été riches en rencontres et en échanges culturels, et forts en relations humaines.


Nous allons quitter ces gens chaleureux, pour reprendre notre route de l’eau par les gorges de Cheile Bicaz direction la République de Moldavie.

*WWOOF : World Wide Opportunities on Organic Farms

12 commentaires:

richarafgha a dit…

yes i'm the first ...
alors on est dans la boue...vu les rencontres que vous faites...je crois que je vais partir en afghanistan en 104 riri histoire de voir si les barbus en ont aussi...je suis pas sur car il n'y avait pas de place pour les kalachnikofs dans les portes..
mais bon
bises et je pars samedi 15 pour same same but differrrrente.. Richard

maryse a dit…

ben mes p'tits loups que d'aventures! C'est chouette, je vous lis regulierement et tous ces periples mis bout à bout vont faire un livre passionnant.
Gros bisous soyez prudents. TATA

Alex a dit…

Non mais vous etes pas malades ???
Vous m'avez fait suer avec vos histoires ... Y vous arrive des trucs de dingue, j'ose même pas imaginer ce qui va suivre.
J'croise les doigts pour la suite.
Bon courage ( et bonne soupe !).

Anonyme a dit…

Mais c'est géant ! entre les bains de boue, l'exercice physique et la bonne cuisine (du potager ?) c'est un voyage de santé, une sorte de Thalasso chez Dracula... vous allez rentrés encore plus beaux, deux bombes dans une ami 7 (entre 6 et 8).
Et puis on voit que l'entrainement sur la montée de la route des crêtes vous a servi maintenant plus rien ne vous résiste, mille bravos et à bientôt car je suis toutes vos aventures...

Michèle

LE ZUBIAL a dit…

Quel trip excellent !

Je suis fasciné par vos aventures, que je ne manque sous aucun prétexte !

la "Route de l'Eau", c'est la nouvelle série culte ! Vivement le prochain épisode ....

Avez vous reçu mes messages avec mes contacts en Roumanie, Moldavie, Ukraine ?

Tout va bien ici, on prépare les Publivores de Genève qui vont nous donner l'occasion de se retrouver, les deux Pierrots, DjamiDjam et moi :o)

Manquent plus que vous et Duke... Vous voulez pas faire Chisinau - Genève le temps d'un week end histoire qu'on rigole un peu ensemble ??

Etes vous allés à Cluj, en Transylvannie ? C'est une ville que j'adore ! Je suis en train d'écrire une histoire desssus, d'ailleurs.... Bientot sur mon pitiblog....

Je vous souhaite des rêves, des bonheurs, des joies, et des surprises innatendues

Anonyme a dit…

Bonjour bonsoir les amoureux, de l'aventure, super, je vois que tout se passe pour le mieux pour vous, c'est génial.
Mais 250km en 17 heures environ c'est une sacré viré, mais heureusement que vous avez pas fini a pieds les 5 bornes!!!!!Et Cousine tu as trop assuré avec ta carte de tél roumaine.
Sinon comme vous pouvez le constaté nous suivons bien votre parcours et cela m'arrive de penser a vous quand je suis en plein stress au job. j'ai ecouté votre interview sur la radio qui etait tres interessant.
Voila un bientot et gros bisous a vous trois .Et pourvu que vous puissiez mettre a jour votre blogg le plus lomgtemps possible car je pense qu'il y'aura des regions ou cela sera moins evident a ce connecter non?
a+ Julien céline&Louis

Le Suisse a dit…

A oui j'avais oublié votre Blogg est super bien fait chapeau aussi pour cela.
Car quand on vous lis on vous vie.
a+bisous
Julien Céline&Louis

pierrot a dit…

OUHAAAA! LALA! Bon je vous rejoint! Vous etes ou! Halala qu'est-ce que ca fait envie! Si vous saviez comme notre vie est plate par chez nous... ca vous ferait bien marrer! Le passage chez le cadreur devait vraiment etre sympa... c'est dur de quitter des gens comme ca, et c'est tellement rare! Enfin c'est toujours aussi passionnant de vous lire et ca ne fait que commencer! Definitivement, rien ne va vous manquer ;-)
Bonne route, continuez bien, grosses bizzzzz a vous deux et a tout bientot! Ecrivez vite!

mag a dit…

sympa vos échappées nocturnes!!!
ça change de la marche des chouettes de saint germain!!!
et pis, la boue c'est bon pour la peau....
c'est toujours un plaisir de vous lire et tous ces détails , ça donne envie de s'échapper aussi.
Gros bisous à vous deux.
A tout bientôt.

Anonyme a dit…

Macrobiotique ma petite, j'ai connu une époque lointaine où ton mec voulait faire un retour à la nature en se nourrissant uniquement de fromage et de charcuterie...
Les temps ont bien changé...
Tchou.
Kinder suprise.

Claude Aubé a dit…

Heureux de vous avoir rencontré à Lacul Rosu ! si vous me donnez une adresse email d'un ami par exemple, je vous enverrai les photos faites sur la route du Lac Bicaz... Nous suivrons avec attention votre périple. Bonne route Emma et Steph
Claude et Doina - Alliance Française de Brasov
claude.aube@laposte.net

Lillas a dit…

héhéhé ;)
Moi aussi je le connais Ivor... (le nom Hongrois de Erwan)
J'ai quitté Cobor hier matin et je suis rentrée chez moi ce soir... ben oui Erwan c'est vraiment quelqu'un d'exeptionel, c'est le moins qu'on puisse dire.
J'ai 16 ans et je viens de passer 10 jours là-bas avec un groupe de jeunes. En tout on était une 20°, on a travaillé sur les ruines de l'ancienne école, devant l'église. En gros on l'a effondré encore plus, on a trié les pierres, et on a un ptit peu reconstruit la route qui monte quand on continue apres la ferme d'Erwan vers les collines (lol c'est très parlant pour ceux qui ne sont jamais venus a Cobor). Puis on a fait connaissance avec les jeunes du village qui nous ont donné un coup de main, on a fait des soirés autour du feu, ...
C'est vrai que la nourriture elle était trop booonneeee, ça me manque déjà!!! Et la bonne odeur de la nature aussi, et les fleurs et les insectes et la poussière et la lumière qui s'éteint quand on prend sa douche! (enfin maintenant je crois qu'on l'a réparé)
Rien qu'à lire le "c'est ça la Roumanie" j'ai l'impression d'y être encore, mais c'est vraiment qu'une impression parce qu'en fait, rien de chez moi ne peut me rappeler là-bas!! Je crois qu'il l'utilise souvent cette expression, et moi aussi ça me fait trop marrer quand il jure en Roumain ;)
----Mais je crois qu'il me faudra encore beaucoup de temps pour comprendre comment on peut tout quitter pour partir vivre sa vie dans un ptit village de Transylvanie.

Mon email au cas ou quelqu'un voudrait en savoir plus ou quoi= ilila@hotmail.com